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   Hôm nay Chủ nhật, 22/10/2017 - Ngày 3 Tháng 9 Năm Đinh Dậu - PL 2561 “Tinh cần giữa phóng dật, Tỉnh thức giữa quần mê, Người trí như ngựa phi, Bỏ sau con ngựa hèn”. - (Pháp cú kệ 29, HT.Thích Minh Châu dịch)
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Chuong 3- LE LOTUS DANS LA TOURBE

CHAPITRE III LE LOTUS DANS LA TOURBE
 
Beaucoup de moines et de laïcs bouddhistes pensent que nous ne pouvons pas atteindre l’Éveil et devenir Bouddha. Ils arguent que le Bouddha est venu au monde dans des circonstances exceptionnelles et prédestinées avec sa nature fondamentalement pure et divine, tandis que nous, nous sommes nés avec nos désirs aveugles et charnels, nos erreurs innombrables, dans une époque de décadence spirituelle avec notre nature faible et l’esprit obtus… 
Si tel est le cas, comment pourrons-nous devenir Bouddha ? Si nous souhaitons le devenir, nous devons considérer le prince Siddhārtha** comme un être humain comme nous et essayer de suivre son exemple.

LE PRINCE SIDDHĀRTHA DANS SON ROYAUME 

Quand il résidait au palais royal, le prince fut très sollicité par toutes sortes de plaisirs des sens. Il était entouré de belles épouses, de jolies servantes et de charmantes créatures. Il avait en tout trois épouses : Yasodhara**, Gapika et Urganika.

Il était pris dans un flot continuel de musique douce et de chansons mélodieuses. Il bénéficiait de la sollicitude attentive de son père. Le roi lui fit construire de somptueux palais, un pour chacune des quatre saisons et veilla à ce qu’il ne s’ennuie pas, ne fût-ce qu’une minute. Le prince vécut jusqu’à l’âge de dix-neuf ans dans ce paradis terrestre.

LE PRINCE RECHERCHE LA VERITE
ET DEVIENDRA BOUDDHA

Il lui a suffi d’être une fois témoin de la vieillesse, de la maladie et de la mort pour que ces réalités l’obsèdent continuellement. Il se demanda alors pourquoi on doit, en ce monde, depuis des générations, accepter d’être malade, de vieillir et de mourir sans en connaître la fin. Il décida alors énergiquement de rompre ce cercle préétabli. C’est pour cela qu’il passa des nuits blanches, l’esprit préoccupé et tourmenté afin de trouver une voie de salut pour lui-même et pour tous les autres êtres vivants. À partir de ce jour, beauté et sons mélodieux devinrent pour lui sans attraits. Les aliments ne furent plus appétissants. Tout devint fade, sans saveur. Il demeura indifférent à tous ces plaisirs éphémères et trompeurs. Il prit la ferme décision de quitter le palais afin de chercher la voie de l’émancipation. Ce chemin apparut devant lui parsemé de dangers multiples qui mettaient sa vie presque toujours en danger. Il accepta ces épreuves avec courage et volonté. Il quitta sa famille à l’âge de dix-neuf ans.

Après de nombreuses d’années passées à errer dans les forêts profondes à se perfectionner, à se dépouiller de ses attributs royaux jusqu’à transformer complètement sa forme physique, après avoir surmonté tant d’épreuves et d’écueils de toutes sortes, il a su garder intacts et sans failles son courage et sa volonté.

Les enseignements religieux en cours à son époque ne l’ayant pas satisfait, il décida d’essayer une autre voie, celle de la mortification ascétique. Malgré tous les supplices qu’il s’infligeait à lui-même, il n’arrivait pas à atteindre son but. Il se résolut alors à adopter la voie du juste-milieu, et après quarante-neuf jours et nuits de méditation, assis sous l’arbre Bodhi*, il atteignit l’Illumination et devint Bouddha sous le nom de Śākyamuni**. Parcourir ce chemin lui  demanda onze années.

Après l’Illumination, Bouddha observa les différentes étapes du développement des fleurs de lotus dans le lac. Certaines sont pleinement épanouies, d’autres encore en jeunes boutons immaculés, d’autres en formation dans l’eau et certaines pousses encore cachées dans la tourbe. Toutes ont la capacité de s’épanouir merveilleusement et d’exhaler un parfum agréable. Pourtant, à l’origine, elles se développent dans la boue, mais après avoir absorbé la brume matinale et avoir été exposées au soleil, leur floraison est égale en couleur et en parfum. Le Bouddha pense que les êtres humains sont comme les lotus, ils sont nés et ont grandi dans l’ignorance mais, une fois éveillés, ils peuvent parvenir à l’Illumination sans difficulté. C’est pourquoi il a choisi la fleur de lotus comme emblème de la vie et de son Enseignement. Le Sūtra du Lotus* en est la représentation la plus concrète.

BOUDDHA ASSIS SUR LE TRÔNE DE LOTUS

En ayant parcouru l’histoire de Bouddha, chacun sait que le Bodhisattva* arrivé au pied de l’arbre bodhi* étala l’herbe en guise de siège et atteignit l’éveil sous ce même figuier. Aujourd’hui, si nous voulons vénérer Bouddha en nous appuyant sur les textes historiques, nous devons Le représenter sur un trône d’herbe. Pour quelle raison, de nos jours, toutes les pagodes L’honorent-elles assis sur un trône de lotus ? Cette posture représente en fait le symbole de sa propre personnalité.

En effet, dans son passé de prince, Il se laissa, Lui aussi, gagner par les plaisirs des sens, comme un bourgeon de lotus enfoui dans la vase. Le moment où le Vénéré abandonna palais et famille pour chercher la Voie correspond au bourgeon sortant de la boue tout en demeurant encore dans l’eau. C’est au cours de la période où il méditait sous l’arbre bodhi qu’Il atteignit l’Eveil et que la fleur de lotus émergea de l’eau, ouvrit largement ses pétales et répandit son parfum suave.

La fleur de lotus représente aussi l’égalité entre tous les êtres. En tant que germe de lotus, n’importe quel bourgeon possède cette faculté de se hisser hors de la boue, de l’eau, pour fleurir et exhaler un parfum exquis. En tant qu’être humain, toute personne possède la capacité d’échapper à l’emprise des plaisirs des sens, de s’éveiller à la pratique et d’atteindre le but de la Voie. Devenir Bouddha n’est réservé à personne en propre, mais accessible à quiconque aspire à se délivrer du conditionnement de la vie terrestre, et possède la détermination de parvenir à l’éveil. Pour cette raison, la réalisation du Bouddha est nommée l’Eveil suprême et parfait*, c’est-à-dire sans état supérieur, mais accessible à tous. Le Bouddha emploie également cette image de la fleur de lotus pour rappeler à ses disciples que, vivants dans un monde plein de vicissitudes, ils peuvent parfaitement trouver le salut* par leur clairvoyance.

Les stances bouddhiques énoncent :

58- Parmi les repoussants détritus
Jetés sur les rives marécageuses,
Aussi est l’endroit où fleurit le lotus
Parfumant et embellissant la pensée humaine.

59- De même, au milieu de l’humanité
Souillée, contaminée, aveugle, profane,
Le disciple du Parfait Eveillé
Doit briller de sa clairvoyance.

(Dhammapada Sutta* stances 58 et 59.)
         
[58- Như giữa đống rác nhớp
          Quăng bỏ nơi bờ đầm
          Chỗ ấy hoa sen nở
          Thơm sạch đẹp ý người.
 
 59- Cũng vậy, giữa quần sanh
         Uế, nhiễm, mù, phàm tục
         Đệ tử bậc Chánh Giác
         Sáng ngời với trí tuệ].

Bien que sa croissance ait lieu dans un endroit sordide, la fleur de lotus demeure parfumée et belle. De même, vivant dans un monde souillé et obscur, le bouddhiste doit utiliser avec perspicacité la clairvoyance afin de réaliser la nature-de-Bouddha et aider autrui sur la Voie. Le côté remarquable de la fleur de lotus est d’être née dans le marécage boueux tout en restant pure. La noblesse du pratiquant, bien que plongé dans le monde des plaisirs et des tentations, est d’arriver à réaliser la voie à travers cette existence terrestre. La rose et l’orchidée, bien qu’elles exhalent davantage de parfum que la fleur de lotus, ne sont pas citées car elles poussent sur un sol propre. Si le prince Siddhārtha était une personne céleste descendue sur Terre pour parfaire son éveil, cela n’aurait revêtu aucune valeur particulière. Arriver justement à se délivrer de ce monde où règne l’emprise des sens, c’est là l’action d’un Personnage Valeureux.

LE POISSON ÉCHAPPÉ DU FILET

Sous la dynastie Song** en Chine, vivaient deux moines nommés Thâm et Minh. Leur activité religieuse les amena un jour à traverser en barque le fleuve Hoài [Huai Jiang]. Pendant la traversée, ils virent un gros poisson s’échapper du filet qu’un pêcheur était en train de tirer.

Le vénérable Thâm applaudit et lança ce compliment :
-  Excellent ! comme un maître zen.
Le vénérable Minh ne partagea pas cette opinion et dit :
-  Mieux eût valu ne pas entrer dans le filet. Il est trop tard d’attendre d’être pris au piège pour s’en échapper.
Le vénérable Thâm lui répondit :
-  Frère Minh, vous n’avez pas encore compris.
Ils cheminèrent plus d’une lieue avant que Minh, brusquement, comprit son erreur et s’en repentit.

Que nous apprend ce récit ? Lequel des deux poissons est admirable ? Celui qui saute hors du filet ou celui qui évolue librement en dehors ?

L’enseignement du dharma nous apprend que s’échapper de la souffrance qui nous entoure est un acte éminemment remarquable. Ceci révèle la force extraordinaire de l’individu qui s’en délivre. Nul ne parlerait de libération si celui-ci n’évoluait hors du filet et, sans sauter, lui-même ne saurait pas mesurer sa propre force pour y réussir.

Par ailleurs, tout individu est un réceptacle rempli de trois poisons fondamentaux de l’esprit* et des "six brigands*", lorsque les six organes de sens* se laissent entraîner par les six objets de sens*.

Comment pourrait-il arriver à vaincre ses ennemis intimes et ses démons extérieurs s’il n’est pas un être hors du commun ? Ce sont tous des poissons, et pourtant combien d’entre eux sont pris au piège du filet sans pouvoir se débattre et finissent dans le panier du pêcheur ! Celui-ci est le seul à sauter hors du filet. N’est-il pas semblable à l’être qui s’est libéré du Saṃsāra ?

A supposer que nous soyons déjà sanctifiés en naissant, la pratique du dharma n’aurait pas de raison d’exister. Les phénomènes ont une forte emprise sur nous. Toute contrariété nous met en colère parce que nous portons en nous toutes sortes de mauvaises habitudes, que nous sommes emplis de convoitise, de colère et d’ignorance. Se libérer de tous ces obstacles est une entreprise extrêmement difficile. Celui qui y parvient mérite d’être loué. C’est pourquoi le Maître Suprême Tuệ Trung a composé cette stance intitulée "Libération du Saṃsāra" :

Mû par notre avidité, nous devons subir nombre d’adversités,
Lâchons donc prise pour nous délivrer du saṃsāra,
Quittons cette rive, et rejoignons celle du Bouddha,
Chaque fois les attaches ôtées, nous serons libérés tout de bon.

          [Đã từng ham muốn phải long đong
          Ném quách mà ra khỏi bụi hồng
          Buông thỏng bờ kia lên Phật Tổ
          Một lần phủi giũ một lần xong].

À poursuivre les désirs matériels de ce monde, nous souffrons et peinons. Si nous osons tout rejeter d’un seul trait et nous affranchir de leur emprise, nous ferons alors preuve d’un courage extraordinaire. Ainsi, nous pouvons lâcher-prise et accéder enfin à la demeure du Bouddha.

Il faut cependant le faire avec courage et détermination et s’engager dans la voie sans se retourner. Ne prenons pas la mauvaise habitude d’être indécis ou hésitant, de trancher sans détacher, d’avancer à reculons, de n’arriver à rien sauf à nous attirer les moqueries des personnes cultivées et sensées. C’est là le sens d’une parole souvent émise par nos maîtres zen : « Tuez sans vous retourner*. » Faites preuve d’une détermination sans faille et vous réussirez quelle que soit la difficulté rencontrée.

TRẦN NHÂN TÔNG, LE ROI, LE MOINE 

Le roi Trần Nhân Tông** né en 1258, accéda au trône à l’âge de vingt ans, quitta sa famille à quarante et un ans afin de devenir moine et s’éteignit à l’âge de cinquante et un ans [1308]. Durant ses vingt années de règne, bien qu’il fût assis sur son trône doré, qu’il possédât un palais incrusté de joyaux, et qu’il pût jouir de plaisirs sensuels en surabondance, il se montra grand maître dans l’art de diriger le pays et de protéger son peuple.

Par deux fois, au risque de sa vie il commanda lui-même l’armée qui réussit à repousser les envahisseurs. Il assuma entièrement son devoir de grand défenseur du pays et de protecteur bien aimé de son peuple.

À l’âge de quarante et un ans, une fois sa mission accomplie, il abdiqua en faveur de son fils afin de pouvoir se consacrer à la vie monastique.

Dans son jeune âge, il avait déjà assimilé en profondeur le Dharma que lui avaient enseigné son père et son maître Tuệ Trung Thượng Sĩ**. Il ne lui suffisait plus, dès son ordination, qu’à mettre en pratique ce qu’il avait appris.

Pendant dix années, sous son nom de dharma « L’ascète de la forêt de bambous » [V/Trúc Lâm Đầu Đà], il avait, par son dynamisme inouï, favorisé la diffusion de la Loi authentique. Dans le milieu monastique, il forma des moines capables de gérer la communauté bouddhique. En public, il enseigna à tout son peuple la pratique des Dix Préceptes* permettant ainsi à l’Enseignement bouddhique d’être divulgué dans tout le pays. Il accomplit sans relâche près de son peuple, pendant toute sa vie, la mission de propagation du Buddhadharma* et d’instruction bouddhique.

A l’approche de sa mort, se reposant au pagodon Ngọa Vân au sommet d’une montagne de la région Yên Tử, il demanda à faire venir Bảo Sát. Au premier jour du onzième mois lunaire, à minuit précise, sous un ciel illuminé d’étoiles, il demanda :
-  Quelle heure est-il ? 
Bảo Sát répondit :
-  Il est minuit.
Par un geste de la main, il ordonna d’ouvrir la fenêtre pour regarder dehors. Puis il dit : 
-  Il est temps que je parte.
Bảo Sát lui demanda : 
-  Où allez-vous maintenant très vénéré Maître ?
Il lui répondit par une stance :

Tout Dharma est non-né,
Tout Dharma est non-mort.
Si nous comprenons bien cela,
Tous les Bouddhas seront omniprésents.
Aussi n’y a-t-il pas de va et vient !

[Tất cả pháp chẳng sanh,
Tất cả pháp chẳng diệt.
Nếu hay biết như thế,
Chư Phật thưòng hiện tiền.
Nào có đến có đi ?]

Bảo Sát questionna de nouveau :
-  Qu’y aura-t-il s’il n’y a ni naissance ni mort ?
Le Patriarche secoua sa main et dit :
-  Cessez de divaguer ! 
Puis il se mit en position du lion assis et s’éteignit.

À travers les trois étapes de sa vie, nous constatons qu’il vécut pleinement chacune de ces étapes. Durant son règne, il s’effaça devant son devoir envers son pays et son peuple. Devenu moine, il s’impliqua complètement à perfectionner la pratique du Dharma et consacra toute sa vie au service du Saṅgha* sans ménager sa peine. Aussi, a-t-il pu remplir brillamment la fonction de moine tout comme celle de roi. Cette réussite en tout domaine est le fruit de son attitude déterminée et active.

On pourrait croire qu’il avait, à un moment de sa vie, enfreint les préceptes bouddhiques car, comme tout roi dans son palais, il avait bénéficié des jouissances sensuelles et, pendant la guerre, il était parti au front au commandement de ses troupes. Néanmoins une fois résolu à s’adonner à la Pratique, il avait rompu avec tout son passé et menait une vie de moine ascétique sous le nom de dharma " le grand Ascète". Grâce à cette volonté ferme, il parvint en dix années à réaliser la compréhension ultime de la naissance et de la mort. Cette conduite exemplaire nous enseigne qu’il ne faut pas manifester de la peur devant les erreurs commises par ignorance, mais surtout qu’il ne faut pas adopter d’attitudes ambiguës, une fois entrés dans les ordres.

Notre Patriarche a bien saisi le sens profond de la Voie et l’a toujours respecté avec assiduité durant sa vie de moine. Nous le comprenons davantage en lisant cette stance qui est la conclusion de son poème « Le bonheur de la Pratique durant la vie présente » [v/ Cư Trần Lạc Đạo] :

En ce monde, la joie de la Pratique consiste à savoir s’adapter en toutes circonstances de la vie.

         Manger lorsqu’on a faim, se reposer lorsqu’on est fatigué.
          Ne cherchons pas ailleurs les trésors qui sont déjà en nous.
          Sans esprit discriminant devant toute nature, il est inutile de parler du zen.

          [Trong đời vui đạo hãy tùy duyên
          Đói đến thì ăn, mệt nghỉ liền
          Nhà mình báu sẵn thôi tìm kiếm
          Đối cảnh không tâm chớ hỏi thiền].

Même vivant au cœur de ce monde, la compréhension parfaite de la Voie nous permet d’apprécier la vie avec sérénité et joie. Face à l’impermanence des choses, on s’adapte selon les circonstances : manger lorsqu’on a faim, se reposer lorsqu’on est fatigué. Pour ce faire, il suffit de ne pas s’attacher aux événements pour ne pas en souffrir.

Bouddha est en nous. Ne nous fatiguons pas à Le chercher ni à l’Est ni à l’Ouest. Notre sagesse réside dans l’absence d’agitation manifestée devant les événements extérieurs. Agir ainsi c’est déjà la méditation. Il n’est point utile de la chercher ailleurs. Le pratiquant reconnaît que la bouddhéité est en lui. Pour que la nature-de-Bouddha puisse se manifester en lui, il suffira que son esprit ne poursuive pas les événements extérieurs.

Ceci est une voie de pratique toute simple, toute concrète, et pourtant bon nombre de personnes peinent à lui faire confiance et à accepter de la suivre. Ils ne croient qu’au Bouddha régnant à l’Ouest et s’ingénient à célébrer des cérémonies en vue d’acquérir des mérites et d’être accueillis par Lui dans sa Terre Pure*. Pour cette raison, le Patriarche Lâm Tế** avait déclaré : « Les ignorants se moquent de moi, les sages me reconnaissent ». Ils se sont moqués de l’aspect à la fois subtil, concret et réaliste de la Pratique, laquelle ne permet aucun doute possible.

Ainsi, il n’est pas étonnant qu’autant de respect et d’admiration aient pu être manifestés pour un roi qui avait réussi à atteindre l’Eveil en seulement dix ans. Pour cette raison, la cour royale le vénéra en lui attribuant le titre de "Roi éveillé ayant maîtrisé toutes les passions".

LE PRINCE SIDDHĀRTHA ET LE ROI TRẦN NHÂN TÔNG

Le Prince Siddhārtha** n’a jamais été confronté aux difficultés de la vie. Face à la vieillesse, la maladie et la mort, il décida de partir en quête d’une voie possible et capable de briser la loi inexorable qui gouverne la vie humaine depuis la nuit des temps. Au prix de onze années de vie errante de forêts en montagnes, s’imposant une nourriture frugale jusqu’à la limite de ses forces physiques, il découvre la clé pour se libérer du cycle des naissances et des morts. Il atteignit alors l’Eveil*. C’est Lui qui a trouvé la voie menant vers l’Eveil et la Libération, rompant ainsi le Saṃsāra* qui régit notre existence, et il nous en a montré la pratique. Son œuvre reste unique jusqu’à la fin des temps.

Le roi Trân Nhân Tông** hérita de l’enseignement du Bouddha. Son cheminement en fut plus aisé et plus évident. Il lui suffit d’allumer son flambeau au contact de celui du Bouddha. Pour cette raison, il n’avait pas à s’infliger des peines pour découvrir la voie. Il n’avait qu’à suivre celle déjà tracée et la mettre en pratique pour réussir. Cependant, ce ne fut pas si facile malgré les indications précises. Vouloir les appliquer lui demanda beaucoup de hardiesse. Il lui fallait s’armer fermement pour couper ses menottes d’or et ses chaînes de perles. Se libérer de ses attaches sentimentales lui demanda beaucoup de courage.

Tous les deux avaient une vie protégée dans l’enceinte de leurs palais royaux. Ils y étaient entourés par une cour de belles courtisanes, enveloppés par les airs musicaux d’instrumentistes virtuoses et par des mélodies sirupeuses, enivrés par des senteurs parfumées et captés par des saveurs raffinées. Néanmoins, ils ont eu l’audace de s’échapper de ce cocon avec désintéressement et sans regret. Ils ont réussi ce qui était difficile à réaliser, laissant ainsi à la postérité un exemple exceptionnel et hors du commun. Ils étaient comme deux jeunes pousses de lotus recouvertes par la fange des cinq désirs des sens*. Ils s’élançaient au-dessus de l’eau pour s’épanouir et révéler leur fraîcheur et une beauté éclatante. Ils répandaient sur le monde le parfum d’une quintessence éthérée.

Ces images sont des guides dans la pratique de la Voie afin d’y avancer sans hésitation ni doute. N’étant pas des saints hommes, tous les deux ont été entourés par les passions de ce bas monde. La particularité de leur cheminement, c’est d’avoir pris conscience très tôt de la nécessité de s’en libérer, exerçant pour se faire leur courage le moment venu. De toutes ces expériences, nous pouvons tirer profit. Comment ne pas se sentir peiné par le spectacle de la vieillesse, de la maladie et de la mort ? Comment ne pas se sentir fier en proférant des serments au risque de sa vie ? Pour éprouver cela, il suffirait que nous nous servions de notre sensibilité pour mener à bien notre pratique, et pouvoir transformer habilement notre fierté afin de la mettre au service de la réalisation de la Voie. Oserions-nous nous engager avec détermination, nous récolterions sans aucun doute les fruits de cet engagement. Nous aussi sommes de jeunes pousses de lotus embourbées dans la vase des cinq désirs de sens*. S’en extraire pour prendre son envol, est-ce si difficile ? Nous ne possédons pas de palais royaux ni de ravissantes courtisanes … Tous ces plaisirs étant pour nous difficiles à acquérir, il nous serait plus facile de nous en libérer. Nous en serions allégés. Il suffirait d’un petit saut léger pour s’en sortir. Pourtant, nous ne cessons d’atermoyer. Ceci est la marque de notre faiblesse. Elle nous contraint à errer éternellement dans le Saṃsāra*.

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La fleur du Lotus dans la tourbe,
symbole de la pureté en toutes circonstances de la vie.
 

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